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philosophie par le mot et l'image

Ainsi parlait Zarathoustra - des mouches en place publique I - Friedrich Nietzsche

Publié par Sid Nes sur 26 Avril 2020, 16:21pm

DES MOUCHES EN PLACE PUBLIQUE

 

Fuis mon ami, dans ta solitude ! Je te vois assourdi par le vacarme des grands hommes, et par l'aiguillon des petits harcelé.

Dignement avec toi bois et rochers savent se taire. Ressemble derechef à l'arbre que tu aimes, l'arbre aux larges ramures ; silencieux, aux aguets, il pend dessus la mer.

Où cesse la solitude commence la place publique ; et où commence la place publique commence aussi le vacarme des grands comédiens, le bourdonnement des muches venimeuses.

Dans le monde ne valent rien encore les meilleures choses s'il manque quelqu'un qui les présente ; grands hommes, tel est le nom que donne le peuple à ces présentateurs.

Le peuple ne conçoit guère ce qui est grand, c'est à dire ce qui crée. Mais il a des sens pour tous les présentateurs et tous les comédiens de grandes causes.

Autour de ceux qui inventent de nouvelles valeurs gravite le monde : - sans qu'on le voie, il gravite. Mais c'est autour des comédiens que gravitent le peuple et la renommée ; ainsi va le monde.

 Le comédien a de l'esprit, mais de cet esprit peu de conscience morale. Il croit toujours à ce qui lui permet de plus vigoureusement croire - croire en lui_même ! 

Il aura demain une nouvelle croyance, et après demain une autre encore. Il a, comme le peuple, des sens rapides et des flairs qui changent vite.

Renverser - c'est ce qu'il nomme démontrer. Faire perdre la tête - c'est ce qu'il nomme convaincre. Et de toutes raisons le sang pour lui est la meilleure.

Une vérité qui ne s'insinue qu'en de fines oreilles, il la nomme mensonge et néant. En vérité, il n'a foi qu'en des dieux qui dans le monde mènent grand tapage !

Pleine de solennels pantins est la place publique - et le peuple se targue de ses grands hommes ! Ce sont pour lui les maîtres de l'heure.

Mais l'heure les presse ; et eux aussi te pressent. Et ils veulent de toi un Oui ou un Non. Malheur ! entre le pour et le contre veux-tu mettre ta chaise ?

De ces inconditionnels et de ces exigeants ne sois jaloux, ô toi qui aimes la vérité ! Jamais encore ne se pendit la vérité au bras d'un inconditionnel.

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