A toi souvent aussi, ils se donnent pour des gens aimables. Mais telle fut toujours la prudence des lâches. Oui certes, prudentes gens sont les lâches !
Avec leur âme étroite, à ton sujet ils pensent beaucoup - continûment tu leur donnes à penser. Toute chose à quoi beaucoup l'on pense enfin donne à penser.
De toutes tes vertus ils te punissent. Ils ne te pardonnent foncièrement que - tes échecs.
Parce que tu es doux et que tu as le sens de la justice, tu dis " ce n'est pas de leur faute s'ils vivent petitement ". Mais leur âme étroite pense : " Toujours coupable est qui vit grandement."
Même si tu es doux avec eux, encore ils sentent que tu les méprises ; et répondent à ton bienfait par de sournois méfaits.
Ta fierté sans parole jamais n'est de leur goût ; une fois e-tu modeste assez pour être vain, les voilà qui jubilent !
Ce que chez un homme nous connaissons, en lui nous l'attisons aussi. Contre les petits soit donc en garde !
Devant toi ils se sentent petits, et contre toi leur petitesse brasille et rougeoie invisible vengeance.
N'as-tu remarqué comme souvent à ton approche ils se faisaient muets, et comme les a quittés leur force, pareille à la fumée d'un feu qui s'éteint ?
Oui certes, mon ami, pour tes prochains tu es la mauvaise conscience, parce que de toi ils sont indignes. De la sorte ils te haïssent et volontiers suceraient ton sang.
Toujours seront tes prochains des mouches venimeuses ; en toi ce qui est grand, - cela même nécessairement les fera plus venimeux et plus semblables à des mouches.
Fuis, mon ami, dans ta solitude, et là où souffle un air rude et puissant ! Ce n'est ton lot d'être chasse-mouches.

Ainsi parlait Zarathoustra.