Faut-il voir dans la haine des femmes commune au judaïsme, au christianisme et à l'islam, la conséquence logique de la haine de l'intelligence ? Retour aux textes: le péché originel, la faute, cette volonté de savoir, passe d'abord par la décision d'une femme, Eve. Adam, l'imbécile, se satisfait absolument d'obéir et se soumettre.

Quand le serpent (Iblis dans le coran, lapidé depuis des siècles par des millions de pèlerins à la Mecque sous la forme primitive d'un bétyle...) parle-normal, tous les serpents parlent...-, il s'adresse à la femme et entame un dialogue avec elle. Serpent tentateur, femme tentée, donc femme tentatrice pour l'éternité, le pas se franchit facilement...
La haine des femmes ressemble à une variation sur le thème de la haine de l'intelligence. A quoi on ajoute: la haine de tout ce qu'elles représentent pour les hommes: le désir, le plaisir, la vie. La curiosité aussi- Littré confirme que l'on nomme "fille d’Ève" toute femme curieuse. Elle donne envie, elle donne la vie aussi: par elle se perpétue le péché originel dont Augustin assure qu'il se transmet dès la naissance, dans le ventre de la mère, via le sperme du père. Sexualisation de la faute.
Les monothéismes préfèrent mille fois l'Ange à la femme. Plutôt un monde de séraphins, de trônes et d'archanges qu'un univers féminin, du moins mixte! Pas de sexe, surtout pas. La chair, le sang, la libido, naturellement associés aux femmes, fournissent pour le judaïsme, le christianisme et l'islam autant d'occasions de décréter l'illicite, l'impur, donc de déchaîner des combats contre le corps désirable, le sang des femmes libérées de la maternité, l'énergie hédoniste.Bible et Coran s'en donnent à cœur joie dans les anathèmes sur ces sujets.
Les religions du livre détestent les femmes: elles n'aiment que les mères et les épouses. Pour les sauver de leur négativité consubstantielle, il n'y a pour elles que deux solutions-en fait une en deux temps-, épouser un homme, puis lui donner des engfants. Quand elles s'occupent de leur mari, lui font la cuisine, règlent les problèmes du foyer, quand elles ajoutent à cela la nourriture des enfants, leurs soins, leur éducation, il ne retse plus de place pour le féminin en elles: l'épouse et la mère tuent la femme, ce sur quoi comtent les rabbins, les prêtres et les imans pour la tranquilité du mâle.
le judéo-christianisme défend l'idée qu’Ève- elle existe dans le coran comme femme d'Adam, certes, mais n'est jamais nommée, un signe...l'innommée est innommable! -a été créée secondairement (sourate III,1), accessoirement, à partir de la côte d'Adam (Gen.II,22) ! Un bas morceau détourné du corps princeps. D'abords le mâle, ensuite, comme fragment détaché, relief, miette: la femelle. L'ordre d'arrivée, la modalité existentielle participative, la responsabilité de la faute, tout accable Ève. Depuis, elle paie le prix fort.
Son corps est maudit, et elle aussi dans sa totalité. L'ovule non fécondé exacerbe le féminin en creux, par la négation de la mère.D'où l'impureté des règles. Le sang menstruel présente également le danger des périodes d'infécondité. Une femme stérile, inféconde, voilà le pire oxymore pour un monothéiste ! Et puis cette période est sans danger pour la maternité, on ne risque pas la grossesse, la sexualité peut donc être dissociée de la crainte, puis pratiquée pour elle-même. La potentialité d'une sexualité découplée de l'engendrement, donc d'une sexualité pure, d'une pure sexualité, voilà le mal absolu.
Au nom de ce même principe, les trois monothéismes condamnent à mort les homosexuels. Pour quelles raisons ? Parce que leur sexualité interdit - jusqu'à maintenant...- les destins de père, de mère, d'époux et d'épouse, et affirme clairement la primauté et la valeur absolue de l'individu libre. Le célibataire, dit le Talmud, est un demi-homme (!), à quoi le Coran répond dans les mêmes termes (XXIV, 32), pendant que Paul de Tarse, voit dans le solitaire un danger pour la concupiscence, l'adultère, la sexualité libre. D'où son invitation, à défaut de chasteté impossible, au mariage, la meilleure des réductions libidinales.
De même, on retrouve une semblable critique de l'avortement dans les trois religions. La famille fonctionne en horizon indépassable, en cellule de base de la communauté. Elle suppose les enfants, que le judaïsme considère comme la condition de survie de son Peuple, que l'Eglise veut voir croître et multiplier, que les musulmans voient comme un signe bénédiction du Prophète. Tout ce qui entrave cette démographie métaphysique déclenche la colère monothéiste. Dieu n'aime pas le planning familial.
Pour autant, récemment accouchée, la mère juive entre dans un cycle d'impureté. Le sang, toujours le sang. Dans le cas d'un fils, l'interdiction d'entrer dans le sanctuaire est de quarante jours; pour les filles: soixante! Dixit le Lévitique... On connaît la prière juive du matin qui invite chaque homme à bénir Dieu dans la journée pour l'avoir fait juif, non esclave et... pas femme (Men. 43 b) ! On n'ignore pas non plus que le Coran ne condamne pas explicitement la tradition pré-islamique qui justifie la honte de devenir père d'une fille et légitime l'interrogation: conserver l'enfant ou l’enfouir dans la poussière (XVI, 58) ? (La partiale édition de la Pléiade précise en note, pour atténuer la barbarie probablement, que c'est par crainte de la pauvreté - et quand bien même !)
De leur côté, joyeux drilles, les chrétiens soumettent à la discussion au concile de Mâcon, en 585, le livre d'Alcidalus Valeus intitulé Dissertation paradoxale où l'on essaie de prouver que les femmes ne sont pas des créatures humaines... On ne sait pas où est le paradoxe (!), ni si l'essai fut transformé, pas plus si Alcidalus a conquis son public de hiérarques chrétiens déjà acquis à sa cause -il suffit de souscrire aux innombrables imprécations misogynes de Paul de Tarse...-, mais la prévention de l'Eglise à l'endroit des femmes reste d'une sinistre actualité.
extrait de -traité d'athéologie de Michel Onfray
