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philosophie par le mot et l'image

la joie du combattant

Publié par Sid Nes sur 26 Mai 2018, 10:37am

Catégories : #couleur

Sans nos ratés, nos déconvenues, les satisfactions les plus profondes de l'existence nous resteraient inconnues. On le pressent : l'échec a un lien avec la joie. Peut être pas avec le bonheur, mais avec la joie.

Le bonheur est un état durable de satisfaction existentielle, la joie ne désigne que l'instant d'un jaillissement. Le bonheur implique une forme de sérénité, d'équilibre. La joie est plus brutale, ponctuelle, parfois irrationnelle. Ne disons nous pas, lorsque cette émotion nous submerge, que nous sommes "fous de joie" ? Une trop grande quantité de soucis interdit le bonheur, mais pas les instants de jubilation.

Cette joie - je propose de l'appeler "joie du combattant"- peut prendre plusieurs formes.

 

La joie du revenir de loin

la première est la plus évidente: c'est la satisfaction que nous éprouvons lorsque, au terme d'un long chemin, après des échecs et des désillusions, nous réussissons enfin. C'est la joie particulière de revenir de loin, qui donne tant de saveur au triomphe tardif.

"trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" rétorque le comte à Don Rodrigue dans le Cid de Corneille.

La joie de vivre

 

La joie du combattant peut aussi revêtir le visage de la joie la plus prosaïque, la plus quotidienne: la joie de vivre. Lorsqu'on a traversé les épreuves, on sait le goût des plaisirs simples.

Si nos échecs peuvent donner un goût particulier aux succès qui les suivent, ils ont aussi e pouvoir de nous faire apprécier autrement l'écoulement des jours, le calme après la tempête.

"Marcher dans une forêt entre deux haies de fougères transfigurées par l'automne, c'est cela un triomphe. Que sont à côté suffrages et ovations ? " Il y a du génie dans cette formule ramassée de Cioran. Quel plus grand triomphe en effet que de contempler la beauté de la nature en se sentant vivant au milieu du monde ? Ce triomphe est d'autant plus puissant que nous avons traversé des épreuves. Il n'est peut-être même accessible qu'à celles et ceux qui en ont traversé. 

La joie dans l'adversité

 

 

Comment définir cette joie que nous ressentons au cœur de l'adversité, lorsque nous sommes contraints de puiser en nous énergie et ressources pour pouvoir rebondir, ou simplement tenir ? Proche de l'élan vital, elle a besoin de la difficulté pour se déployer. C'est la joie du combattant, dans sa forme la plus pure: une joie dans l'adversité. 

Étrange joie, pourrait-on penser, que cette joie s'éprouvant face à la menace. Mais c'est sans doute la plus forte, la plus pure: celle que nous opposons à l'âpreté de l'existence ou à la violence du monde, comme une réponse, une réaction.

Comprendre la nature de la joie dans l'adversité permet de mesurer ce qui distingue pleinement la joie du bonheur. Lorsque nous sommes heureux, satisfaits, l'ombre planant sur notre bonheur ne l'accroît pas bien au contraire. Notre joie, quant à elle, semble trouver sa plus haute intensité, sa vérité même, lorsqu'elle est menacée.

La joie du "progediens"

Cette joie d'affronter l'adversité se double souvent d'un développement de nos talents ou de nos compétences. L'un des grands plaisirs de l'existence est de progresser, d'utiliser les occasions que la vie nous offre pour, expliquait déjà Aristote, "actualiser sa puissance". Les philosophes antiques utilisaient le joli terme de "progediens" pour dépeindre l'homme qui, sans être arrivé à sa perfection, s'améliore chaque jour un peu plus. Etre un "progediens", avancer sur le chemin: voilà le but de l'existence.

Or, il est des facultés que seul l'échec ou la résistance du réel nous permet de développer.

La joie mystique

Enfin, nos échecs peuvent nous faire découvrir la joie la plus radicale la plus "folle" peut-être: l'approbation de tout ce qui est. Le combattant, dans ce cas, ne lutte plus. Mais son abandon, s'il n'a rien de "combatif", reste une affirmation, un consentement puissant.

Extraits des vertus de l'échec de Charles Pépin - Allary Editions

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